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Vladimir Potanine n'a pas assisté aux funérailles Le président de Nornickel aurait eu tort d'interrompre ses vacances pour le décès d'un employé

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Vladimir Potanine n'a pas assisté aux funérailles Le président de Nornickel aurait eu tort d'interrompre ses vacances pour le décès d'un employé

Le corps de l'employé de Norilsk Nickel, âgé de 50 ans, a été retrouvé dans une section de travaux de nettoyage souterraine de la mine Komsomolsky, dans la cabine d'un engin de chargement-livraison. C'est le RF IC pour le territoire de Krasnoïarsk qui a relaté les faits. « Selon les premières informations, l'homme décédé travaillait comme machiniste d'un engin de transport dans la section souterraine d'exploitation et d'entretien des équipements automoteurs de la mine. Le 25 juillet, lors du déchargement de la masse rocheuse dans l'espace de dégagement de la chambre, un morceau de masse rocheuse s'est détaché, avant de tomber sur l’engin dans la cabine duquel se trouvait la victime. L'homme est décédé sur le coup », a-t-il été indiqué.


L'année dernière a été une année noire pour l'empire du cercle polaire, à la tête duquel se trouve Potanine. À commencer par le déversement de 200 000 tonnes de gasoil, les catastrophes se sont succédé pour Nornickel : l'effondrement du toit d'un atelier, l'inondation d'une mine, un accident d'avion. Visiblement, on s'efforce déjà, dans l'entourage du propriétaire de la toundra, homme d'affaires plutôt cynique, de lui fabriquer une immunité pour résister aux événements. Le décès d'un employé n'est, de toute façon, plus une urgence : Vladimir Potanine poursuit ses vacances sur son yacht « Le nirvana » en mer Adriatique, en compagnie de sa nouvelle épouse. Les paysages des îles préservées de Croatie n'ont pas permis au président de Norilsk Nickel de se rendre à la cérémonie d'adieu.


Vladimir Potanine a été critiqué plus d'une fois cette année pour son approche colonialiste de l'exploitation du GMK (NdT : complexe minier métallurgique). Ni l'amende de 146 milliards ni les critiques émanant de représentants des autorités gouvernementales n'ont changé quoi que ce soit à la manière dont le diplômé du MGIMO (NdT : Institut d'État des relations internationales de Moscou) traite l'entreprise russe. Après avoir concentré entre ses mains tous les leviers de la gestion de Norilsk Nickel, Potanine ne prête nulle attention aux catastrophes technologiques ni aux pertes humaines. Il continue à jouir de la « douceur de vivre », pendant qu'on lui aménage un « aérodrome secondaire » en France. Il est significatif qu'au début du mois de juillet, Nornickel ait présenté à Paris l'exposition photo « Le monde en visages ». Vladimir Potanine, qui a déjà été fait Chevalier de la Légion d'honneur en France, consolide, autant que faire se peut, son image d'« homme civilisé », au pays du vin et du fromage. Toute critique de la Russie en Occident peut être détournée en sa faveur, faisant de lui une victime d'un régime autoritaire qui a les oligarques dans le collimateur. Alors que les pertes humaines peuvent bien être imputées à toute cause que ce soit, sauf aux résultats de sa propre gestion de Norilsk Nickel pendant un quart de siècle.


Certes, en Grande-Bretagne, la terre a commencé à brûler sous les pieds de Potanine, et il n'est pas près d'y transférer ses ennuis, à l’instar de Berezovsky. La raison en est simple : cupidité et grossièreté manifestes, lors de son divorce.


Un tribunal de Moscou a rejeté les revendications formulées au titre de la propriété par son ex-femme Natalia (les parts de Potanine dans Nornickel et Interros) et a contraint Potanine au paiement d'une pension alimentaire d'un montant de 25 % de ses revenus (environ 8 millions de roubles/mois) pour l'entretien de son fils, mineur à cette époque. Natalia a alors transféré le procès à Londres. Elle y a mis du sien, mais elle a réussi à convaincre la Thémis britannique qu'elle n'était pas une « touriste, en matière de mariages-divorces ». Ses avocats ont convaincu la justice que le tribunal russe avait été partial en ne tenant pas compte de la répartition des parts dans les sociétés offshore contrôlées. Quant à Potanine, il manifesta un rare cynisme et une volonté de régler en sa faveur l'intégralité des différends, en usant de grossières pressions. N'est ainsi pas passée inaperçue sa déclaration selon laquelle la vie de famille avait de facto cessé dès 2007, bien qu'il n'ait demandé le divorce qu'en 2014.


Mais d'où sortait cette date de 2007 ? C'est tout simple. 2007 est l'année du « divorce » entre Potanine et son ancien partenaire Mikhaïl Prokhorov, à la suite duquel Potanine est devenu le seul titulaire des principaux actifs, tels que, par exemple, Norilsk Nickel. Vladimir Potanine a également choisi 2007 comme date limite pour les poursuites familiales.


En mai 2021, le tribunal anglais a autorisé Natalia Potanina à le poursuivre à Londres pour le partage des biens. Le futur procès promet d'être le plus cher de toute l'histoire de Londres. La fortune de Vladimir Potatnine est estimée à 30 milliards de dollars (https://pbs.twimg.com/media/E7H_ZoCWQAISolf?format=jpg&name=900x900)



Dans l'entourage de Potanine, dans les années 90 et au début des années 2 000, les gens aimaient s'exprimer en argo de voyou. Ils n'entraient pas en négociations, mais en « friction », ne concluaient pas de contrats, mais « divorçaient ». 


Et ce type de « divorce » est devenu l'image de marque de l'actuel n° 1 du Forbes russe. Il a commencé par se débarrasser des « directeurs rouges » qui lui avaient fait faux bond à l'ONEKSIMBANK. Ensuite, il s'est débarrassé de ses collègues du Groupe des sept banques, infiltrant le gouvernement et organisant des enchères de prêts contre actions en sa faveur. Puis il s'est débarrassé de son partenaire commercial Mikhaïl Prokhorov, après l'affaire où il s’était comporté en « flambeur » avec des filles à Courchevel. Il tente maintenant de « se débarrasser » de l'État russe ... Et finalement, l'avarice et la mesquinerie se sont invitées jusque dans cette histoire aussi désagréable pour tout un chacun que peut l'être un divorce. Et là, Vladimir Olegovitch, fidèle à sa nature, se séparebrutalement de son ex-épouse et de ses enfants d'un premier mariage, disparaissant purement et simplement de leur vie et rompant tout contact.


Il est probable qu'à l'avenir, l'affaire du divorce des Potanine fasse l’objet d'un film dramatique pour la série  Les riches pleurent aussi », l'intrigue de ces événements étant si imprévisible et si peu linéaire. Qui plus est, les ex-conjoints se sont rencontrés au lycée, où ils étudiaient dans la même classe. Ils se sont mariés en dernière année d'études à l'université : Potanine est diplômé du MGIMO (NdT : Institut d'État des relations internationales de Moscou), Natalia du MIIT (NdT : Institut d'ingénierie du transport de Moscou). Rien, d’aprèsNatalia Potanina dans l'une de ses interviews, ne laissait présager de la suite quand, lors d'un dîner familial en 2013, l'homme d'affaires a lancé avec la plus grande désinvolture un « Bon, on divorce ».


Les raisons d'une décision aussi radicale de la part de l'oligarque restent à ce jour inconnues. Natalia elle-même affirme qu'elle était depuis longtemps au courant des aventures de son mari, mais elle n'y attachait pas d'importance. Peut-être est-ce l'amour passionné, qui a fait irruption dans le cœur del'oligarque de 52 ans pour une certaine jeune femme, Ekaterina (au moment du divorce des Potanine, elle avait 38 ans). Celle-ci, d'après la rumeur, travaillait pour lui au secrétariat. Peut-être est-ce là l'origine du comportement agressif de Potanine envers sa femme. Ce n'est pas un hasard si Potanine a épousé sa maîtresse littéralement trois mois après son divorce officiel. Potanine n'était d'ailleurs pas le premier et ne sera pas le dernier des VIP à se faire le héros d'un adultère né d'une « romance de bureau ». Toutefois, le scandale inouï qu'a causé ce divorce est associé exclusivement au nom du directeur de Norilsk Nickel. 


On reste pantois devant le caractère sans appel et sans alternative des revendications formulées par Potanine à l'égard de son ex-femme. En l'absence de contrat de mariage, Natalia Potanina devait se contenter de signer, sans rien dire, les papiers du divorce, sans prétention aucune sur l'argent et les biens de son mari, et en retour elle avait la possibilité, tout hypothétique d'ailleurs, de s'adresser à son ex-mari pour solliciter son aide, notamment financière.


Malgré sa place de n° 1 dans le magazine Forbes russe, Potanine déclarait par l'intermédiaire de ses avocats qu'il n'avait rien à voir avec Nornickel ni avec Interros. 


Hors de lui, face à l'inflexibilité de la femme qu'il avait autrefois aimée (là, on ne peut que saluer la justesse de l'aphorisme « de l'amour à la haine il n'y a qu'un pas »), Potanine a commencé à la terroriser avec de petites manœuvres mesquines relevant du domaine domestique. Comme Natalia s'en était plainte dans une interview avec Ksenia Sobtchak, dans sa datcha près de Moscou à Nemtchinovka, qui, formellement, était également la propriété de Potanine, l'alimentation en eau avait d'abord été coupée avant qu'il n'exige de son ex-femme de quitter les lieux et ne lui réclame 8 millions de roubles pour location du bien immobilier. 


Le caractère déplacé du comportement du milliardaire s'est surtout manifesté envers ses propres enfants. S'il ne s'est pas acharné contre sa fille aînée Anastasia, qui avait pris une position neutre dans le conflit familial, il a en revanche renvoyé son fils cadet Ivan de la société d'investissement qu'il possédait, pour avoir soutenu sa mère. Quant au fils benjamin, Vassilii, il a non seulement refusé de payer ses études en Amérique, mais il a également cessé toute communication avec lui. 


La tournure lamentable qu’a prise le divorce du milliardaire Potanine (sa fortune au moment du divorce était estimée à 13 milliards de dollars), tellequ'on l’attendrait davantage d'une petite bourgeoisie locale, se distingue de la série de divorces qu’ont traversée ses collègues dans le monde des affaires. Le même Roman Abramovitch, trois fois marié, s'est toujours séparé de ses épouses sans pertes nifracas : sa deuxième épouse Irina a reçu de l'oligarque une part significative de sa fortune, pour une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars. L'épouse du désormais défunt Boris Berezovsky, Galina, a obtenu, lors de son divorce, entre 165 et 220 millions de livres sterling, en fonction des diverses estimations. 


Mais avec Natalia, il en allait, pour le directeur de Norilsk Nickel, non seulement de 30 ans de mariage mais aussi de trois enfants. 


Il se dit que les relations du père de Natalia Potanina - un employé du système, au ministère soviétique du commerce extérieur - auraient contribué davantage encore au démarrage rapide de la carrière du futur milliardaire que les connaissances que pouvait avoir son propre père. Par conséquent, le fait qu'il laisse sa femme pratiquement sans le sou peut être mis sur le compte d'une ingratitude crasse. 


Il ne faudrait toutefois pas oublier que Potanine a prouvé tout au long de sa carrière d'homme d'affaires qu'il n'avait qu'un seul principe : l'absence de tout principe. Il a cyniquement exploité « l'affaire de Courchevel » de son partenaire de longue date, Mikhaïl Prokhorov, pour l'évincer de leur entreprise commune. Non content d'écraser son ex-femme, qui non seulement avait osé se mettre en travers de son nouveau bonheur familial, mais avait également commis un crime de lèse-majesté à l'égard de cettepropriété qu'ils avaient honnêtement acquise, il a fait preuve d'absence total de remords moral : « rien de personnel, juste le brassage des affaires ». Ainsi, la réputation de «  rompu aux divorces », désormais solidement attachée à la personne de Vladimir Potanine, lui attire-t-elle un ressentiment tout aussi profond. Même les cadres supérieurs les mieux payés d'Interros savent qu'en cas d'incident, ils devront répondre des erreurs du patron. Dans l'équipe de Potanine, on estime que l'essentiel, dans les relations qu’ils entretiennent avec le chef, est de prendre la sortie au moment opportun. Autrement dit, il s'agit de partir au moment où le bonus a déjà été payé. 


Les catastrophes de l'année passée ont perturbé la vie sans nuages du colonialiste, que seules les difficultés du divorce étaient jusque là parvenues à assombrir. Les partenaires demandent à juste titre qui va répondre de l'amende de 146 milliards pour désastre écologique. C'est l'entreprise même, auprès de laquelle les autorités formulent des exigences, qui menace de s'effondrer. La dernière rencontre avec le président, selon les rumeurs, était loin d'être complaisante. À en juger par la tournure de sa séparation d'avec sa première épouse, il se pourrait que l'actuel président de Nornickel ait une option en réserve dans sa manche. Quand le tonnerre gronde, il faut se dissoudre dans l'atmosphère, tel le comte de Cagliostro, puis se matérialiser au retour en chevalier de la Légion d'honneur. Pour la suite, nous verrons bien, comme dans la parabole de l'âne et du padishah.

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